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Combler le manque de données sur les infirmier(e)s autorisé(e)s en soins primaires au Canada

Par Maria Mathews et Linsday Hedden | Février, 2026

Image: Qui sont les infirmier(e)s autorisé(e)s en soins primaires au Canada?

Au cours des 25 dernières années, les provinces et les territoires du Canada ont mis en place diverses réformes des soins primaires qui soutiennent les soins interprofessionnels en équipe. Les infirmier(e)s autorisé(e)s (IA) qui travaillent en soins primaires (ci-après, les infirmier(e)s autorisé(e)s en soins primaires [IASP]) représentent souvent la plus grande proportion de personnels de santé non médecins au sein des équipes de soins primaires. En tant que membres des équipes de soins primaires, les IASP offrent une vaste gamme de services de santé à des populations diverses, et les données probantes montrent qu’ils améliorent l’accès aux soins, la continuité des soins, l’équité en santé et les résultats pour les patient(e)s. Cependant, on en sait peu sur qui ils sont, sur la façon dont leurs postes sont financés, sur la façon dont ils sont rémunéré(e)s, ou sur les caractéristiques organisationnelles des modèles de soins en équipe qui soutiennent ou entravent leur travail et le fonctionnement des équipes. Bien que l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) compile des données canadiennes sur les effectifs infirmiers, les IASP sont regroupés avec d’autres IA et des infirmier(e)s praticien(ne)s travaillant dans divers milieux communautaires et hospitaliers, notamment en santé mentale et dans les organismes de soins à domicile, les écoles, les établissements correctionnels, les postes de soins infirmiers en régions éloignées et les organismes de santé publique. Une grande partie de ce que nous savons spécifiquement sur les IASP au Canada provient d’études qualitatives et de sondages locaux.

Dans le cadre d'un projet financé par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) (PJT173485), nous avons réalisé une analyse environnementale afin de créer une liste exhaustive et une description des modèles existants d’équipes de soins primaires (incluant des IASP) au Canada. Malgré le recours à plusieurs stratégies de recherche et la consultation d’expert(e)s pour combler les informations manquantes, nous avons constaté d’importantes lacunes dans les informations décrivant la rémunération des IASP et les modèles de pratique. La disponibilité et le niveau de détail des informations décrivant la rémunération et les modèles de pratique variaient considérablement selon le modèle et la province ou le territoire, même lorsqu’ils portent le même nom (p. ex., les réseaux de soins primaires en Colombie-Britannique et en Alberta). Par conséquent, il n’est pas possible de saisir pleinement toutes les nuances des différents modèles de rémunération ou de pratique en soins primaires à partir de sources accessibles au public. L’absence de données complètes met en évidence le manque d’information sur les composantes structurelles des soins en équipe et la nécessité de descriptions plus détaillées de ces modèles afin de soutenir leur mise en œuvre à l’échelle du Canada.

Au moyen d’un sondage en ligne, nous avons décrit les caractéristiques démographiques, d’emploi, de milieu(x) de travail et des populations de patient(e)s des IASP au Canada. Nous avons constaté que les IASP sont principalement des femmes à mi-carrière qui ont passé environ la moitié de leur carrière infirmière en soins primaires. La majorité des IASP au Canada travaillaient en Ontario ou au Québec, ce qui reflète probablement la grande population de ces deux provinces et leur longue histoire de réformes des modèles de pratique en équipe. Alors que la plupart des IASP travaillaient dans un seul milieu, généralement une clinique, près du tiers offraient également des services dans des écoles, à domicile et dans des milieux de proximité. Alors que la majorité des IASP ayant répondu au sondage étaient en mesure de déclarer des données individuelles sur leur emploi (comme l’appartenance à un syndicat, le mode de rémunération, l’employeur), plus du quart des répondant(e)s étaient incertain(e)s, préféraient ne pas répondre, ou ont donné des réponses inexactes lorsqu’on leur a posé des questions sur des caractéristiques organisationnelles telles que le mode de financement de la clinique ou la source de financement. Ces résultats indiquent que les données autodéclarées issues de sondages sur le financement et les modèles de pratique doivent être interprétées avec prudence. Nos données suggèrent également que de nombreux(ses) IASP comprennent probablement mal le fonctionnement du financement des cliniques, ce qui, dans une certaine mesure, réduit la portée de leur plaidoyer et de leur leadership en soins primaires.

Nos recherches mettent en évidence la nécessité d’un ensemble minimal de données et d’une collecte régulière de données sur les personnels des soins primaires au-delà des médecins. Des données à jour sur les IASP, et sur les autres professions en soins primaires, sont nécessaires pour la planification des effectifs et l’évaluation des réformes des soins primaires. Plusieurs pays recueillent des données sur les prestataires de soins primaires, y compris les IASP, au moyen d’enquêtes annuelles auprès des personnels de santé ou dans le cadre des processus de renouvellement et d’inscription. Des données valides, fiables, pertinentes et en temps opportun sont nécessaires pour évaluer et optimiser la contribution des IASP au sein des équipes de soins primaires au Canada.