L'interopérabilité est aussi un enjeu de la planification des personnels de santé
Par Dax Bourcier | Juin, 2026
Le problème ne réside pas uniquement dans l'absence de données sur les personnels de santé; il tient aussi au fait que les données décrivant les personnes qui reçoivent des soins, celles qui les dispensent, les services fournis et les résultats obtenus ne sont pas reliées de façon fiable.
Partout au Canada, des données sur les soins de santé sont produites à chaque seconde : qui reçoit des soins, qui les dispense, quel service est fourni, où et quand il est offert, ainsi que les résultats qui en découlent. Ces données sont essentielles pour déterminer si les personnels de santé répondent aux besoins de la population. Pourtant, dans la pratique, elles demeurent souvent fragmentées entre les organisations, les professions, les secteurs, les systèmes informatiques et les administrations.
Il en résulte un problème bien connu. Les décideurs ont besoin de réponses rapides à des questions urgentes de planification, mais les données nécessaires pour y répondre sont incomplètes, disponibles trop tard, difficiles à relier ou non comparables d'un contexte à l'autre. Où les pénuries commencent-elles à apparaître? Quelles communautés sont insuffisamment desservies? Comment les modèles de prestation des soins évoluent-ils? Comment prévenir la récurrence de résultats défavorables? Les prestataires de soins de santé exercent-ils pleinement leur champ de pratique? Formons-nous et retenons-nous la bonne combinaison de prestataires? Il est impossible de répondre adéquatement à ces questions lorsque les données sur la santé demeurent enfermées dans des systèmes déconnectés les uns des autres.
Pour répondre à cette lacune, ma collègue, la Dre Sarah Simkin, et moi-même avons élaboré un cadre d'architecture des données. Comme l'illustre la figure ci-dessous, ainsi que nos présentations antérieures, ce cadre repose sur quatre fonctions interreliées : l'ingestion des données, l'intégration des données, le stockage des données et leur utilisation à des fins précises. Son principe central est que la prestation des soins de santé génère quatre grands flux de données : les données sur les patients, les données sur les prestataires de soins de santé, les données sur les services de santé et les données sur les résultats. En matière de planification des personnels de santé, toute la valeur réside dans la capacité à relier ces différents flux de données.
C'est pourquoi l'interopérabilité est si importante.
On parle souvent d'interopérabilité dans le contexte des soins aux patients, et avec raison. Les patients et les prestataires de soins ont besoin que l'information sur la santé circule de façon sécuritaire entre les différents milieux de soins. Toutefois, l'interopérabilité est aussi un enjeu de planification. Pour bien comprendre les personnels de santé, il ne suffit pas de connaître le nombre de prestataires. Il faut savoir quels soins sont dispensés, par qui, à qui, où, quand, comment et avec quels résultats. Autrement dit, la planification des personnels de santé exige des données qui rendent compte de l'ensemble du processus de prestation des soins.
Le cadre soutient que cela n'est possible que si les données brutes sont transformées en données propres, normalisées et pouvant être reliées entre elles. Les normes minimales relatives aux données, les identifiants uniques, la terminologie commune et les normes d'échange de données, comme FHIR, ne sont pas de simples considérations techniques. Ils constituent l'infrastructure qui permet de relier les données sur les patients, les prestataires, les services et les résultats afin d'appuyer une véritable planification.
Le projet de loi S-5, Loi sur les soins connectés pour les Canadiens, revêt donc une importance particulière. En mettant l'accent sur l'interopérabilité des technologies de l'information en santé et sur l'interdiction du blocage des données par les fournisseurs, ce projet de loi pourrait contribuer à créer les conditions nécessaires à une meilleure circulation des données de santé au Canada. Il permettrait de délaisser les solutions locales et ponctuelles au profit d'attentes plus uniformes en matière d'échange sécurisé des données. Toutefois, pour que l'interopérabilité réalise pleinement son potentiel, la planification des personnels de santé doit être explicitement intégrée à ce programme d'action. Les données sur les personnels de santé ne devraient pas être considérées séparément des données sur la santé. Les renseignements concernant les prestataires, les services, les épisodes de soins, les milieux, le moment, le lieu et les résultats font tous partie intégrante de la compréhension de la façon dont les soins sont dispensés. Cela ne signifie pas qu'il faille permettre un accès non contrôlé à des renseignements sensibles. Une gouvernance rigoureuse, la protection de la vie privée, la souveraineté des données, des mécanismes d'accès sécurisés et des règles d'autorisation claires demeurent essentiels. En revanche, cela signifie que l'interopérabilité doit être conçue dès le départ en tenant compte des besoins de la planification.
Si les politiques d'interopérabilité se limitent à faciliter la circulation de l'information clinique entre les systèmes, le Canada pourrait améliorer la continuité des soins tout en laissant de côté la continuité de la planification. Ce serait une occasion manquée. Un écosystème moderne des données de santé devrait soutenir à la fois les soins au chevet du patient et la prise de décision à l'échelle du système. Il devrait permettre aux patients d'accéder à leurs renseignements, aider les prestataires à offrir des soins plus sécuritaires et permettre aux planificateurs de déterminer si les personnels de santé répondent aux besoins de la population.
Le cadre d'architecture des données propose un plan directeur pour concrétiser cette vision élargie. Le projet de loi S-5 pourrait contribuer à la rendre possible. La prochaine étape consiste à veiller à ce que les données nécessaires à la planification des personnels de santé fassent partie de la réflexion canadienne sur l'interopérabilité dès le départ.
Divulgation : Cet article a été rédigé par le Dr Dax Bourcier avec l'assistance d'une IA à modèle fermé afin d'assurer la qualité de la grammaire et la fluidité du texte. Les concepts, l'architecture des données et l'ensemble du contenu de cet article ont été élaborés conjointement par le Dr Dax Bourcier et la Dre Sarah Simkin, co-responsables du thème de la Planification des personnels de santé du RCPS, sans recours à l'IA.