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Le recrutement éthique est essentiel :

Vers la promotion de l’équité et le développement de systèmes de santé durables, efficaces et efficients
Par Houssem Eddine Ben-Ahmed | Janvier, 2026

En tant que responsable du thème politique « Mobilité, migration et intégration » du Réseau canadien des personnels de santé (CHWN), je crois que la mobilité internationale des professionnels de la santé, en particulier des infirmières et infirmiers, peut apporter des bénéfices à court terme aux pays d’accueil, mais qu’elle génère souvent des effets et des défis importants et préjudiciables pour les pays d’origine. Dans ce premier blogue de 2026, je partage mes réflexions en me basant sur notre article récemment publié dans la revue Recherches sociographiques.

 
Aperçu et but de l’article

Le but de notre article était d’analyser les mesures de recrutement et d’intégration adoptées dans trois provinces canadiennes — le Québec, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse — et d’examiner si ces mesures s’alignent sur les principes du Code de pratique mondial de l’OMS de 2010 pour le recrutement international des personnels de santé. À partir de cette analyse, nous proposons un ensemble d’actions stratégiques prioritaires invitant les décideurs politiques à investir dans le développement de la main-d’œuvre nationale, à renforcer la planification des effectifs en santé et à encourager le Canada à devenir autosuffisant.

Ce travail répond aux préoccupations éthiques croissantes soulevées à la fois dans les médias et dans la littérature scientifique concernant le recrutement international actif des professionnels de la santé, en particulier des infirmières et infirmiers. Le Canada est l’un des pays qui dépendent de plus en plus du recrutement international, notamment par la mise en œuvre de campagnes de recrutement à l’étranger pour pourvoir les postes infirmiers vacants, dont le nombre a fortement augmenté ces dernières années. Mais pourquoi cela est-il important ?

Dépendance excessive sur le recrutement international pouvant aggraver l’iniquité 

Bien que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ait identifié de nombreux pays comme étant en « zone rouge », c’est-à-dire confrontés à des pénuries critiques de personnels de santé menaçant l’accès aux services de soins essentiels, la dépendance excessive du Canada et d’autres pays à revenu élevé au recrutement de personnel infirmier provenant de pays à faible revenu aurait des effets négatifs sur leurs systèmes de santé. Plus précisément, elle entraînerait une répartition inéquitable et des disparités de la main-d’œuvre infirmière entre les pays et au sein même de ceux-ci.

Étant donné que la pénurie de personnel infirmier est une préoccupation mondiale dans le secteur de la santé, cette iniquité fragilise les systèmes de santé des pays sources en affaiblissant leur capacité en ressources humaines, en aggravant leurs pénuries de personnel et en détériorant les conditions de travail. Parallèlement, elle ne permet pas de favoriser la durabilité à long terme des systèmes de santé des pays d’accueil. Finalement, cette répartition mondiale inéquitable des infirmières et infirmiers compromet la qualité et l’accessibilité des services de santé et rend l’objectif de la couverture sanitaire universelle de plus en plus difficile à atteindre. Sans s’attaquer à ces déséquilibres, le développement social et économique demeurera limité. Alors, comment pouvons-nous relever ces défis et assurer l’équité entre les pays et au sein de ceux-ci ?

Favoriser un recrutement éthique constitue une stratégie clé pour promouvoir l’équité et construire des systèmes de santé durables, efficaces et efficients

Pour encourager le recrutement éthique et garantir l’équité entre les pays, il est impératif de respecter le Code de l’OMS de 2010. Cela implique que le Canada et d’autres pays comparables doivent devenir autosuffisants en donnant la priorité à la rétention des infirmières et infirmiers formés localement, tout en soutenant les professionnels de la santé formés à l’étranger qui se trouvent déjà dans le pays d’accueil mais qui demeurent au chômage ou sous-employés.

Les décideurs politiques responsables de la gouvernance et de la gestion de la main-d’œuvre en santé doivent réexaminer de manière critique leurs approches de recrutement et entreprendre des actions concrètes pour atténuer les effets néfastes de cette pratique. Dans notre article, nous proposons un ensemble d’actions stratégiques pour l’ensemble des parties prenantes clés (par exemple, les gouvernements et les employeurs) afin d’établir une politique solide de recrutement du personnel infirmier, conforme au Code de pratiques mondial de l’OMS de 2010, et ce, dans le but de promouvoir le recrutement éthique des infirmières et infirmiers formé.es à l’international dans un contexte d’une pénurie mondiale de personnel de santé.

Pour terminer, respecter ce Code et investir dans des stratégies de rétention durables, à long terme et fondées sur des données probantes ne sont pas seulement des pratiques éthiques ; elles sont essentielles pour construire des systèmes de santé résilients, efficaces et efficients, ainsi que pour atteindre une couverture sanitaire universelle pour tous.